Dessiner d’après nature

Je passe beaucoup de temps sur le terrain. Au gré des saisons, je rôde en quête de mes sujets, muni d’une paire de jumelles, de crayons et d’un carnet de croquis. C’est moins le hasard que le temps investi, les connaissances acquises et la patience qui permettent l’observation et le dessin de la faune sauvage.

Les longues marches, les affûts répétés et les nuits en plein air ne sont qu’un faible prix à payer pour que se dévoile, petit à petit, un monde souvent proche et combien mystérieux. Si de nombreux voyages en Europe ont enrichi mes connaissances naturalistes, c’est dans ma région que, depuis bientôt trente ans, je passe mon temps à pister et dessiner les bêtes et les fleurs sauvages.

La gravure sur bois en dégradé que je pratique aujourd’hui a été initiée par Robert Hainard. Ce procédé novateur se situe à mi-chemin entre la gravure traditionnelle européenne et l’estampe japonaise. L’effet de dégradé dans la gravure européenne, est obtenu par l’espacement de stries gravées dans le bois. Chez les japonais, il est produit par l’effet du pinceau au moment de l’encrage. Dans cette gravure d’un genre particulier, certaines surfaces sont inclinées très légèrement au ciseau à bois.


Les  bois sont sculptés comme des hauts-reliefs : les parties les plus hautes prendront l’intensité maximum d’encre à l’impression, les plus basses n’en prendront pas (blanc) et les parties intermédiaires offriront de subtils dégradés

L’impression

L’image polychrome étant maintenant décomposée en plusieurs bois gravés, je peux imprimer les premiers essais, en superposant les différents tons, pour m’assurer de leur justesse.

J’utilise des encres grasses d’imprimerie. Je n’ai que peu de couleurs à disposition : principalement les trois couleurs de base et le noir, ainsi que qu’un blanc transparent (une base sans pigment qui permet, lorsqu’elle est mélangée à une couleur, d’en atténuer la densité). Sur mon marbre, je mélange mes encres que j’étale à l’aide d’un rouleau.

J’encre le bois gravé, préalablement fixé sur la platine de ma presse et je place minutieusement mon papier japon, à l’aide de repères, sur cette matrice encrée.

Le papier japon, confectionné avec l’intérieur de l’écorce du mûrier est idéal pour ce travail.

Il est « amoureux », c’est-à-dire souple et poreux, un peu comme le buvard. Il permet de très beaux dégradés.

Je glisse le tout sous la presse et imprime. La révélation de l’image est toujours un moment exaltant.

Muni des épreuves d’essai, je procède à d’éventuelles corrections de gravure ou d’encrage pour les différents bois gravés , avant d’imprimer le tirage de l’édition.

J’imprime alors le nombre d’exemplaires voulus pour la première couleur et laisse sécher durant la nuit. Le lendemain, l’opération est répétée pour la couleur suivante et ainsi de suite. Lorsque le tirage de l’édition est sec, je le numérote et le signe.