Décidément ça pue ! Les restes de poisson et les peaux de melon ne font pas bon ménage. Alors que je range la cuisine après avoir fait la vaisselle, je décide que la poubelle ira passer la nuit dehors. Depuis mon balcon, je contemple un moment le croissant de lune derrière les toits fumants de l’immeuble. Situé au centre de la ville, je ressens souvent une certaine frustration de me sentir si loin de la nature sauvage, entouré de tant d’éléments artificiels. Même la couleur de la nuit est altérée par l’éclairage public…
Je regarde un voisin qui passe sur le trottoir, tiré par son chien en laisse. La sempiternelle promenade vespérale pour soulager Médor. Ils sont tous deux avalés par les grandes ombres des arbres, projetées sur le sol. Je ne vois plus que la petite lumière du cadran du téléphone portable qui s’éloigne. Au moment où je me décide à rentrer, mon attention est soudain captée par une forme qui se glisse furtivement sous une voiture stationnée. Sans doute un chat. Accoudé au balcon, j’attends, à l’affût du moindre mouvement. Rien ne se passe.
Voilà que ça bouge à nouveau ! La silhouette remonte la file des véhicules, d’une ombre à l’autre, puis s’arrête. J’attends. Après de longues minutes, elle se décide enfin à traverser la route, dans la lumière. En quelques bonds souples, elle longe le mur d’un immeuble et disparaît. Sa course ondulante, sa longue queue fournie, son pelage sombre et sa bavette blanche ne laissent aucun doute, c’est une fouine ! Je suis tellement content de la revoir ici, au pied de mon immeuble !
Cela faisait si longtemps que je n’en avais pas revu dans le quartier. Je pensais que la forte densification du secteur avait eu raison de leur présence. Peut-être n’avons-nous simplement plus les mêmes horaires…
Je regagne mes pénates, heureux et rassuré par cette présence sauvage et mystérieuse, en bas de chez moi. Qui a dit que tout était artificiel au centre de la ville ?